La beauté intérieure

Maudit.

L’ex a bien raison : les hôpitaux sont de dégoutants lieux.

Les immeubles sont vieux. De la manière que le système est fait, les patients sont souvent très malade (et ca parait). On entend résonner entre les murs les reniflages et les raclages de gorges (comme seuls les très vieux savent le faire). Parfois une plaintes. Toujours une sonnette pour appeler l’infirmière, qui comme un métronome, donne la mesure (et semble ne jamais vouloir s’arrêter – quelqu’un va répondre ?? – arrrrrrrrg !). Et ya rien comme, en se promenant dans le corridor, passer dans une wiff de marde ou de vomi.

Je peux comprendre qu’il y a rien, mais alors là vraiment rien, d’agréable à visiter un hôpital.

Ca va faire un peu plus de 3 semaines que j’y travaille tous les jours, et heureusement, y travailler, c’est toute autre chose.

Parce qu’on voit les gens rentrer tout amochés, s’améliorer et puis sortir. Et au fur et à mesure qu’ils s’améliorent, il deviennent aussi plus sympatiques, et ils ont l’air plus vivant.

Bon, faut dire que là où je suis actuellement, c’est pas aussi lette qu’au CHUM. Et que la maladie mentale, ca se traite aussi différemment. Mais je peux pas faire autrement qu’être heureuse aujourd’hui pour quelques uns de mes p’tits vieux que j’ai vu dans une situation pitoyable il y a de cela 3 semaines, et qui sont prêts à partir aujourd’hui. Ca m’a mis la larme à l’oeil, mais j’étais pas triste du tout.

C’est pas juste lette les hopitaux : on y fait de belles choses. C’est juste que faut rester un ti boutt pour pouvoir le voir…

(mais faut pas trop avoir trop le nez fin, des fois, lol)

«R’garde c’qu’une femme peut faire à un homme !»
crazybear.jpg C’est toujours tricky pour moi de parler de mes patients. Tout d’abord parce que si je vous parle de leur cas sans vous parler de la maladie mentale, vous allez dire : criss, c’est des esti d’fous ! Alors qu’en réalité, ben… c’est vrai que des fois, c’est super drôle comme résultat (quand on regarde juste le résultat…) mais en arrière, reste qu’il y a une personne qui souffre d’une maladie…

L’autre chose, c’est que quelque part, je trouve que ca pourrait manquer de respect pour mes patients, même si je ne les identifie pas. Vous aimeriez pas ca que votre histoire se retrouve ici non ? Ben c’est ca.

Reste que ca ferait un blog super cool que je vous raconte des trucs du genre : hier, ca a l’air que quelqu’un est rentré à l’urgence et qu’il mangeait son caca !!! Même si ca commence à faire un peu trop Journal de Montréal à mon gout…

Anyhoo. Petite lecon rapide sur le délire.

« Désordre des facultés intellectuelles caractérisé par des idées erronées s’opposant aux faits montrés par la réalité et accompagné de troubles de la conscience, de confusion, de désorientation, de troubles de la mémoire et d’agitation. »

So : L’idée est fausse, et on arrive pas à faire croire le contraire au patient malgré toutes les preuves possibles. Yep. Et c’est comme les autres maladies mentales : ce serait le résultat d’un débalancement au niveau du cerveau, et les médicaments fonctionnent.

J’ai donc un patient qui croit que ca femme est morte.

Et vous etes tous des champions, vous avez compris que ce n’est pas vrai. Vous avez aussi compris que sa femme vient le voir mais que ca change rien : du moment qu’elle est partie, il s’en souvient pu et il est seul au monde et pleure à très chaudes larmes toute l’eau de son corps. Fascinant non ?

La première fois que je suis présente à l’entrevue, je questionne mon patron sur la nécessité de confronter le patient sur sa « fausse idée », lui démontrer qu’il a tort. Il m’explique alors que ca ne risque que de mettre en détresse le patient et qu’on perd souvent notre alliance avec ce dernier, car il pense qu’on ne le croit pas ! Évidemment, il reste important de sonder de temps à autre où il en est rendu avec son délire…

Le temps passe, on voit une nette amélioration du patient. Il retrouve le sourire et c’est réconfortant.

C’est moi aujourd’hui qui fait son entrevue. Les questions habituelles : comment va le sommeil, le niveau d’énergie, l’appétit, etc. Et je dois questionner pour sa femme. Mon patron me dit : demande-lui comment elle va. Moi je me dis qu’il y a pas de stress, ca fait 2 semaines qu’il ne nous parle plus d’elle.

Mais surprise ! Il devient alors vraiment inconfortable. Au point où il tente de quitter l’entrevue, et sans sa marchette !!

Je me sentais TELLEMENT MAL !!! Mon premier patient qui se SAUVE DE MOI !!!

Heureusement que son infirmier était là pour le ramasser et le ramener à sa chambre. C’est lui, l’infirmier, qui me dit en partant : «R’garde c’qu’une femme peut faire à un homme !», mais je sais pas s’il parlait de la femme du patient… ou de moi !

Aye !

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8 Réponses

  1. Anecdotes médicales
    Image de teddy bear fou
    Sens du récit excellent : j’ai presque senti la flaque de vomi.
    Infirmier avec un sens de l’humour douteux.

    Ouais, je reviendrai vous voir Marie Wannabe MD!
    Ciao!

  2. Salut miss d’étoile !

    En fait, l’infirmier, il est qd meme super fin 😀 Et il avait pas tort, lol

    Faut dire que j’étais moi aussi toute remuée de voir mon patient aussi mal !! Ca aurait été littéralement considéré de la torture mentale si j’avais fait ca volontairement !

    En tk… j’espere qu’il m’en tiendra pas rigueur…

    Et faudrait pas tenir rigueur non plus à mon collègue infirmier qui a nettoyé… mon dégât psychiatrique ! hihihi

    Ceci dit, il me fera plaisir de vous revoir ! Bonne chance avec vos péripéties de prêt et bourse ! 😉

  3. Encore une fois, hyper bien raconté!! Moi aussi, j’ai presque tout senti! J’adore te lire!

    J’ai un peu clashé sur l’importance de la médication dans les troubles psychiatriques, mais bon, si ça marchait à 100%, je n’aurais plus de job! ; )

  4. J’admire ton sens éthique, sérieusement, j’espère vraiment que tu le garderas tout au long de ta carrière, car sans n’avoir jamais été confronté à l’étendu de notre dossier sur la blogosphère, j’ai tout de même eu le vague sentiment d’avoir été un cas et j’ai pas du tout apprécié.

    Ceci dit, il ne s’agit que d’une infime partie des médecins qui sont ainsi et tu as bien raison, on oublie trop facilement les « ceussent » qui sont géniaux! 🙂

  5. Ish. Ça doit être plutôt délicat.

    Je t’admire énormément.

  6. Je te trouve très courageuse en fait! Etre en compagnie de gens qui délire, ca ne me prendrait pas grand choses pour les rejoindre :p

    Quoi que…

    😉

  7. Ouais… sens de l’éthique, ou peur de me faire pogner par le collège des médecins ? lol… Je vous assure que ca reste de l’éthique !! Et que si ca me permet de vous faire un ti peu d’enseignement ET de vous divertir en même temps, c’est le deal idéal, non ? C’est comme ca que ca passe le mieux, et je fais un peu de sensibilisation ! 😉

    On m’aurait parlé de ses affaires là ya 4 ans, et j’y aurais jamais cru !! C’est la beauté de la formation médicale qui se fait étape par étape… et c’est comme si le système arrivait à m’apprivoiser tranquillement ! Je vous JURE qu’on prend pas d’un jour à l’autre une fille en administration pour en faire un médecin ! Pas étonnant que ca prenne aussi longtemps !

    Du courage, j’espère, mais de la folie : surement ! Je suis tellement contente d’avoir enfin trouvé « ma branche », que c’est génial de pouvoir travailler là dedans… Tout à coup, même si les vomis ca m’a toujours complètement dégouté, ca me dérange pu. Et la marde non plus. Bettyloo et les mamans de ce monde vivent un peu la même chose non ? hihihi.

    C’est magique de voir les patients (du moins, la plupart) s’ouvrir à nous parce qu’on est médecin. C’est une responsabilité !! Je vois que vous avez tout à fait compris… vous etes génial 😉

    @Clépétar : pour la médication, tu as tout à fait raison ! Ya pas de pilule miracle ! Je suis encore loin d’être la spécialiste, alors je préfère ne pas me lancer pour l’instant… Mais bon, c’est un outil comme un autre, les médicaments. Et des fois, ca fonctionne très bien ! Et des fois, ya des effets secondaires. Et des fois, ca doit faire partie d’un ensemble de traitement + thérapie, etc. Ca peut être utilisé à toutes les sauces, s’agit d’être créatif 😉

  8. 100% d’accord avec toi! Trouver la recette et ne pas faire coller la sauce.

    Moi, la créativité: amenez-en! Hihihihi… Je devrais peut-être être chroniqueuse à l’émission de Ricardo finalement.

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