Mauvaise nouvelle

Mon patron est assis au bureau, il est dans ses pensées. Il vient de parler avec l’urgentiste de Ste-Justine qui accepte de prendre notre patient.

Il lui a dit qu’il y a quelques semaines, le garcon allait assez bien. Quelques douleurs sont apparues, qui s’en inquièterait chez un jeune sportif ? Puis d’autres symptomes, un après l’autres, ont surgit, sans liens apparant… laissant l’externe un peu confuse !

Le scan, cependant, était incontestable : plusieurs masses à l’abdomen.

Le transfert est pour bientôt, on doit annoncer la nouvelle à la famille.

[Patron] – Comment tu formulerais ca ?
[Wannabe Dr Marie] – heu… j’irai droit au but «Les nouvelles ne sont pas très bonnes, nous avons découvert des masses à l’abdomen, et c’est ca qui cause tel et tel symptôme. Nous avons parlé à Ste-Justine et le spécialiste vous attend, il va vous prendre en charge là bas. Vous avez des questions pour moi ?»
[Patron] – Tu sais, du moment que tu parles de cancer, les gens n’entende plus. Leurs questions viendrons plus tard. Et de toute manière, ce n’est pas moi l’expert… Alors effectivement, il faut rester concis. Mais on va essayer de donner une petite touche un peu plus positive… Il n’y a pas Chose-Bine et Chose-Binouche de connu qui s’en sont sorti ?
[Wannabe Dr Marie] – Mais on ne connait pas ses chances de s’en sortir, et de faire un message tout positif avec les p’tits oiseaux et les p’tits arc-en-ciels, c’est pas plus éthique, non ?
[Patron] – Effectivement. Mais aussi bien finir sur une note positive pour pas le démolir aujourd’hui. Ce qu’on sait, c’est que les traitements qui l’attendent ne seront pas joyeux, mais moi je ne connaitrai pas ses chances de s’en sortir. Et puis, si possible, on mentionne qu’il aurait pu difficilement faire plus il y a quelques semaines, quand les symptômes ont commencés. Avec de la chance, ca leur fera ca de moins à culpabiliser.

Oui, la mauvaise nouvelle est un art…

Reste qu’ils avaient tous des yeux ébahis en apprenant la nouvelle.

Et quand je suis repassée devant la chambre, 2 minutes plus tard, tout le monde pleurait.

Advertisements

7 Réponses

  1. C’est triste ce genre de nouvelle… Il n’y a malheureusement pas de façon de l’annoncer… À la limite, il faut tenter la technique du sandwich: positif, négatif, positif. Ce n’est pas évident à appliquer dans ce cas, mais ça vaut le coup d’essayer!

  2. Oh… ça ne doit pas être super plaisant d’annoncer une nouvelle comme ça. Ça doit être difficile pour vous, les docs, d’avoir à annoncer des mauvaises nouvelles. Quand ça arrive, en es-tu très affectée? Arrives-tu à faire une certaine coupure, à ne pas être démolie par ce que tu vis au travail?

    En passant, j’ai reçu tes lavettes! Elles sont super! Merci encore! 🙂

  3. Oh misère, c’est une des deux raisons pourquoi je ne suis pas devenue médecin, je serais tout le temps en train de pleurer: de joie à la naissance d’un bébé et de peine lors d’annonces de ce genre… l’autre c’est ma peur de piquer quelqu’un avec une aiguille! Juste pas capable de voir les gens souffrir…
    Je vous admire les médecins! Et ne lâchez pas, on va avoir de plus en plus besoin de vos bons soins avec la population vieillissante 🙂

  4. ouf… ça fesse comme on dit!

    Sûrement jamais facile à annoncer, on a beau chiâler contre les médecins, mais dans les faits on a juste aucune idée par tout ce qu’ils doivent passer dans une journée.

  5. Ouf!

    Je commencerais par dire comme Mme Cornue, on a pas idée de tout ce que peut vivre un médecin en une journée.

    Mais pour avoir déjà reçue des mauvaises nouvelles concernant ma petite poulette qui allait naître dans les prochains jours je peux dire ceci: on a beau vouloir amoindrir la douleur des gens lorsqu’on a une mauvaise nouvelle à leur annoncer. il reste qu’une fois la mauvaise nouvelle entendue, le choc est si fort que les mots n’ont plus beaucoup d’influence.

    Bon courage à cette famille et à ce petit garçon

  6. Je vais vous dire bien honnêtement que je suis relativement distancée lors de l’annonce de ces mauvaises nouvelles. Même si, je dois l’avouer, j’étais un peu troublée par l’histoire de ce garcon ! (maudit que c’est jeune et que c’est poche !)

    J’ai pas encore assez d’expérience, il va s’en dire, mais je crois que je suis plus touchée par la réaction des gens que la situation en soit. On s’entend… mes patients ne sont pas mes proches, après tout.

    Je vois la situation comme un problème médical qui arrive à une personne, et je fais mon possible pour régler ce problème médical, et supporter cette personne.

    Mais je peux comprendre pourquoi on nous refuse le droit de soigner notre famille. Parce que lors qu’il arrive des choses comme celles-ci à notre famille, on ne peut pas garder notre distance émotionnelle de ce qui arrive, et on ne fait pas de bons médecins ! Et on ne leur rend certainement pas service !!

  7. Une très mauvaise nouvelle, pour en avoir vécu une médicalement parlant, sonne comme un gros coup de porte-voix dans l’oreille.

    Je crois qu’à l’annonce il est inutile de trop en dire et de broder; à l’annonce de la nouvelle, le cerveau ne compute plus les données. On voit la bouche bouger mais on n’entend pas le mots en sortir.

    Toutes mes sympathies aux médecins qui doivent à l’occasion se faire oiseaux de malheur.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :