Afghanistan, c’est à mon tour (d’en parler) – Remix

Y’avait ce gars avec qui j’ai travaillé dans mon stage à Valcartier, l’été dernier, un nurse. Un grand gaillard trop gêné. Je m’étais même permis de lui shooter une couple de commentaires « matcho-léger » (ben oui, quoi, ca passe encore qd on est une fille, hihihi) parce que ca le faisait sourire, tout gêné qu’il était. C’était mignon. Mais il était vraiment nice comme collègue.

C’est aussi avec lui que j’ai donné ma première prescription. Et après avoir fait ma suggestion d’antibiotique, on est retourné voir le patient, le médecin, le nurse, et moi. Alors que le médecin questionne le patient, dans la 40taine, sur la fréquence de ses rhumes :

[Patient] – Ah, vous savez, depuis qu’on a commencé la garderie, j’enfile un rhume après l’autre
[Marie – prend son meilleur ton de blonde, surprise] – Hein ?!? Vous allez encore à la garderie ??

Bonbon, évidemment, j’avais compris qu’il parlait de son kid… C’est connu que les parents, lorsqu’ils envoient leurs enfants à la garderie, attrapent de leurs tchipouts tout ce qui est en vogue dans le domaine de la microbiologie. Ca forge le système immunitaire… et le caractère.

Tout ca pour dire que le patient part à rire. Et l’infirmier aussi. Un grand rire franc. Je souris : j’aurai enfin réussi à le faire rire, le grand garcon trop gêné. Moi ca m’a fait sourire.

C’était la dernière fois que j’ai travaillé avec. Et ca s’est avéré être la dernière fois que je le verrais aussi. J’ai appris hier (je suis en retard, je sais) qu’un des hommes qui a rendu l’âme en sol afghan cette semaine était justement ce gars là.

Toutes mes pensées vont à sa femme, ses filles, et tous ceux qui le pleurent.

Avant aujourd’hui, je ne connaissais personne qui était mort à la guerre. Maintenant, je connais quelqu’un. Mais je me trouve chanceuse d’en connaitre qu’un seul.

Tableau comparatif – spéculations sur 2 orifices à sens unique

Mise en situation
Dans ma tendre jeunesse, ayant des problèmes avec mes sinus, j’avais eu le bonheur d’expérimenter « le tube avec la caméra pour aller voir dans le nez ». Je m’en rappelle encore, car même si on est sous anesthésie locale, l’expérience n’est pas sans inconfort.

Plus tard, dans mon cours de Gastro, alors qu’on parlait de la fameuse technique de sigmoidoscopie et de coloscopie, dans un plus pur esprit scientifique me vint la question existentielle suivante : «J’me demande qu’est-ce qui fait plus mal, le tube dans le nez ou dans les fesses ?» N’était-il pas légitime de vouloir comparer ces 2 orifices à sens unique ?

Intrigue
Récemment, je dois me rendre à nouveau chez le Dr Sinus (un ORL) pour investiguer un Rayon-X anormal. On me demande si c’est correct que je passe entre les mains du Résident qui ne parle qu’anglais : pas de stress, je compatis avec la réalité des étudiants en médecine, right ?!

Pendant le questionnaire, il me demande (selon les règles de l’art) ce que je fais dans la vie : il apprend donc que nous sommes « collègues ». À partir de ce moment, l’entrevue devient un peu moins formelle. Il me raconte qu’il vient faire un stage à Montréal mais qu’il est originaire de Singapour, pays que je connais par hasard pour l’avoir étudié un peu. Alors je l’étonne avec quelques connaissances : ca y est, on est presque des copains. 🙂

Alors qu’il entreprend l’exploration de ma fosse nasale avec « le tube avec la caméra pour aller voir dans le nez » et qu’il s’excuse à la vue de mon inconfort visible, j’ose avancer quelques détails de mon questionnement existentiel :

[Marie] – You know, I’ve always wonder which one would be worst : the tube in the nose or a colonoscopy.

[Dr Resident] – giggles (for real)
[Marie] – Since I’d never had a colonoscopy, and not planning on getting one, I would have to find a patient who had both interventions to answer that for me
[Dr Resident] – Actually, since patients are usually given something to sleep for a colonoscopy, you couldn’t get a answer to that question !
[Marie] – Damn. You’re right ! Then I would need to find someone who wouldn’t mind having the intervention fully conscious !
[Dr Resident] – That would work !

Ce sur quoi on passe à une autre salle où je me verrai introduire un paquet de truc dans le nez. Alors que le Résident insère des instruments à une profondeur surprenante, je proteste (pas à cause de la douleur, mais parce que je suis quasi inconfortable avec les capacités de mes fosses nasales, jusqu’ici inconnues de moi !!!)

[Dr Resident] – Most people don’t know how deep the nose is, it’s about 10cm ! Even doctors that are not used to it are pretty much amazed of how much stuff we can put in one’s nose !

Punch final
Je m’imagine avec ces instruments dans mon nez et je tente de visualiser jusqu’où ces trucs me rentrent dans le crâne ! Je ris en essayant de pas trop bouger. Le Résident tend le bras pour ramasser quelque chose et ramène un autre petit instrument pour tenter de me l’insérer avec les autres…

[Dr Resident] – Hum. I don’t think this third one will fit. It’s too tight.

[Marie] – Honestly Dr. Suddenly, I’m SOOOO happy you’re talking about my nostril. And not my ass…

NB : à ma petite soeur qui est d’une constance surprenante, j’interviens avant qu’elle ne le fasse : Eh oui, on dit « Coloscopie » en français et « Colonoscopie » en anglais. Ben voilà, je vous divertis et passant pour une niaiseuse, mais je vous enseigne le bien perlé en même temps.